J'ai 40 ans.
- Tiphaine Périn
- 17 janv. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 janv. 2023

Sally (dans un sanglot) : et je vais avoir 40 ans!!
Harry (interdit) : quand?? Sally (en pleurs) : un joooouuuuur... Harry : mais... c’est dans 8 ans !
Sally : mais ça arriiiiive!!!!
Quand Harry rencontre Sally (1989)
J’ai eu 40 ans pendant les vacances de Noël. Mais prise dans le tourbillon du quotidien et étant à l’étranger à ce moment là, je n’y pensais pas. Ce n’est que la veille, durant la nuit, que j’ai réalisé ce qui se passait : demain, j’ai 40 ans.
J’ai du mal à décrire ce que j’ai ressenti. Une forme d’indifférence (40 ans et alors ?) mêlée, je dois le reconnaître, à une forme d’angoisse de cet inexorable solstice qui annonce le début de la fin (oui, carrément). Par curiosité, j’ai calculé la moyenne d’âge de mes patients : 42,3 ans. Cela montre qu’effectivement, quelque chose se passe aussi à ce moment là sur le plan professionnel. J’ai pris alors le temps de m’interroger sur cette période pour tenter de comprendre en quoi elle peut être parfois un moment de doute, de confusion, d’ambiguïté ou si elle n'était pas, après tout, qu'une conséquence de la pression sociale de devoir absolument "réussir sa vie".
Le milieu de vie
Selon l’approche jungienne, l’étape des 40 ans, appelée « le milieu de vie », est une étape importante car c’est le moment où le soi (le centre de notre personnalité profonde, globale, entière, consciente et inconsciente) vient taper à la porte du moi (la part de notre conscience qui nous sert à évaluer les situations et nous positionner).
Mais lorsque le moi se confond avec le rôle que nous avons choisi de jouer dans notre vie et tourne résolument le dos à ce qui se passe dans l’inconscient, c’est-à-dire ce qui émane du soi, ce dernier va devoir forcer la porte. Cette forte poussée de l’inconscient qui soudain fait irruption dans notre vie nous déconcerte, nous dérange et nous pousse à réfléchir. Cette période devient alors un moment où l’on fait le point avec soi-même, de sorte que c’est souvent également un temps d’inconfort, voire de dépression. En effet, nous commençons à entrevoir nos premières rides et cheveux blancs et devons renoncer à certaines illusions telles que la jeunesse éternelle. C’est un moment difficile, car nous réalisons que nous entrons dans une autre phase de la vie.
Le premier amour
La vie personnelle et professionnelle commencent alors à se chevaucher, de sorte que si nous avons consacré toute notre énergie à élever nos magnifiques enfants ou à s’investir dans un travail alimentaire, nous commençons à réfléchir à ce que nous avons fait de nos talents. Et à l’inverse, si nous avons réussi une brillante carrière nous nous questionnons sur notre vie affective, familiale ou sociale.
Certains d’entre nous se repasseront le film à l’envers et feront appel, réellement ou de manière fantasmée, sur le plan privé ou professionnel, à leur premier amour. A celui ou celle pour qui on a vibré, ou à la passion que l’on a abandonnée. Car en effet, le premier amour représente le choix que l’on n’a pas fait, le chemin que l’on n’a pas osé prendre.
Parfois, partir à la recherche de ce premier amour permet effectivement de se reconnecter avec cette part de nous-mêmes que nous avons jusque là négligée. Mais parfois aussi, il s’agit d’un leurre. Car c’est à l’intérieur de soi que sommeillent les qualités du premier amour qu’il nous appartient de développer « en nous-mêmes » et non pas de projeter et de chercher à l’extérieur, que ce soit dans une situation ou dans l’Autre.
Les étapes de la vie professionnelle
La spécialiste en sciences de l’orientation, Danièle Riverain-Simard, a défini trois grandes périodes dans la vie professionnelle : une première période d’arrivée et d’exploration du monde du travail (de 23 à 37 ans), une seconde période de réflexion et de prise de distance (de 38 à 52 ans) et une troisième et dernière période de passage du travail à la retraite (de 53 à ?).
Plus précisément, cette seconde période entre 38 et 52 ans serait une période de recherche de nouvelles lignes directrices, de quête d’un fil conducteur de sa vie professionnelle et de modification de trajectoire, en vue de préparer et planifier le chemin restant à parcourir. Pas étonnant donc que cette période de choix puisse être vécue comme un moment de perte de sens, de quête de nouvelles aspirations, mais également d’évaluation des pertes et des gains.
Construction sociale ou véritable moment de crise ?
Selon le psychiatre Christophe Fauré, la « crise de la quarantaine » n’est en réalité que la manifestation exacerbée d’un mouvement silencieux qui nous touche tous. Au même titre que l'adolescence, c'est une période charnière de transition plus ou moins silencieuse, plus ou moins pudique dont il est important d'écouter les signaux car ils correspondent à de nouveaux besoins de développement.
Il parait que l’idéogramme chinois qui désigne la « crise » porte deux sens : le danger et l’opportunité. Donc à chacun de nous de choisir comment on veut percevoir et vivre cette période ; comme un moment sombre de renoncement et de désillusion qu’il faut fuir à tout prix, ou comme l’opportunité de faire le point, de digérer le passé afin de prendre un nouvel élan et de donner un souffle nouveau aux prochains jours du reste de notre vie.
"Il existe toujours une partie de notre personnalité encore inconsciente et en devenir" - C.G. Jung



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